La pluriactivité agricole d’hier, un modèle pour le travail de demain ?

Avatar de Luc HottletPublié par

Alors qu’apparaissent de nouvelles formes de travail adaptées aux technologies numériques et aux mondes urbains, un regard vers un passé oublié et perdu dans les territoires aurait de quoi surprendre. En effet, les mesures du Gouvernement actuel pour faciliter le travail indépendant, voire la mise en œuvre de communautés de slashers ne sont pas sans rappeler les expériences de pluriactivités agricoles traditionnelles.

Pour Lise Casaux, « La pluriactivité est une notion juridique qui a pour objectif de caractériser l’exercice, en simultané et/ou de façon discontinue, dans la même année civile, de plusieurs activités professionnelles par une même personne physique ».

  • La pluriactivité agricole et la saisonnalité

Dans les faits, la pluriactivité trouve son origine dans le monde agricole pour des raisons évidentes liées à la saisonnalité des productions. Les cycles liés aux cultures imposent tout à la fois des périodes d’activités intenses et des pics de rémunération – vente des récoltes. Les saisons déterminent également des phases de travail moins soutenues. Afin de limiter les risques économiques et de combler les temps d’inactions, les paysans d’autrefois savaient s’entraider, assurer mutuellement la sécurité des personnes et des biens, entretenir les chemins et les bois… Ils pratiquaient, sans cadre réglementaire, plusieurs métiers.

  • La monoactivité et la croissance économique

Avec l’industrialisation des années 1920/30 est apparue la double activité. Encore installé dans la ferme familiale, l’agriculteur poursuivait des activités de production transmises par ses parents tout en travaillant comme ouvrier à l’usine. Pendant « les Trente Glorieuses », l’industrie et le salariat (activité unique) se sont imposés, initiant des vagues successives d’exode rural. Dans le même temps, la PAC (Politique Agricole Commune) a conduit le secteur agricole dans une double dynamique de mécanisation et de professionnalisation – modèles technico-économiques intensifs. La pluriactivité agricole traditionnelle s’est alors cantonnée dans les zones de montagnes.

  • Le renouveau de la pluriactivité rurale et la crise du salariat

A la fin des années 1990, le concept de pluriactivité agricole réapparaît. En quête d’un meilleur cadre de vie, des néo-ruraux s’installent sur des exploitations souvent de petites tailles, « non viables » selon les principes productivistes de la PAC. Agriculteurs à titre principal ou secondaire, ils y développent Agricultures Biologique ou Raisonnée, transformation et vente des produits de la ferme, tourisme rural (gîtes, chambres d’hôtes…) conservant un contrat de travail et/ou démarrant une activité de prestations de service. Ce sont les nouveaux entrepreneurs ruraux et les pluriactifs modernes.

C’est à cette époque qu’émergent de nouveaux travaux sur la pluriactivité. Sa définition est donnée par Lise Casaux dans La pluriactivité ou l’exercice par une même personne physique de plusieurs activités professionnelles, Editions LGDJ 1993. La pluriactivité, terminologie construite par opposition à la monoactivité salariale, apparaît d’autant plus complexe à appréhender que l’émiettement juridique lui confère des délimitations variables selon les approches choisies :

  • la nature de l’activité (Code Civil, Code de Commerce…) et le régime social (Régime Général, Mutualité Sociale Agricole…) ;
  • l’origine des revenus et le droit fiscal associé (salaires, bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices non commerciaux…).

Bibliographie :

Lise Casaux, La pluriactivité ou l’exercice par une même personne physique de plusieurs activités professionnelles, Editions LGDJ 1993.

Jacques Blanchet et Véronique Déaud, Les pluriactifs en agriculture, Editions France Agricole 1998.

Aude Benoît et Françoise Gerbaux, La pluriactivité, pratiques sociales et réponses juridiques, Bulletin Partage (135 01/08/1999).

Laisser un commentaire